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En Haïti, plus de huit détenus sur dix attendent encore d'être jugés

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PhotoLa Libre Belgique / AFP, « Évasion de plusieurs milliers de détenus : le gouvernement haïtien décrète l'état d'urgence et un couvre-feu à Port-au-Prince » (4 mars 2024)
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Par NAGO News

3 min de lecture

Au 30 juin 2026, 82 % des 7 563 personnes incarcérées en Haïti n'avaient toujours pas été jugées, selon le rapport du secrétaire général de l'ONU sur Haïti daté du 14 juillet. Les prisons fonctionnaient à environ 313 % de leur capacité, avec en moyenne 0,31 m² d'espace par détenu.

Ce phénomène porte un nom : la détention préventive prolongée. Il n'est pas nouveau. Dans un rapport d'avril 2023, le Réseau national de défense des droits humains (RNDDH) relevait déjà que 82,7 % des détenus attendaient leur jugement. Au 8 avril 2026, l'ONU comptait 6 262 détenus en détention préventive sur 7 551, soit 82,93 %.

Un système sous pression

Les évasions de mars 2024 ont ajouté au désordre. Dans la nuit du 2 au 3 mars 2024, des gangs ont attaqué le Pénitencier national et la prison civile de Croix-des-Bouquets. Selon Pierre Espérance, directeur exécutif du RNDDH, cité alors par l'AFP, il ne restait qu'une centaine de détenus au Pénitencier national, qui en comptait environ 3 800 avant l'attaque.

Le 19 janvier 2026, le ministère de la Justice a lancé une « caravane nationale » contre la surpopulation carcérale et la détention préventive prolongée. Sa phase pilote, une audience d'habeas corpus au tribunal de première instance de Port-au-Prince, a permis de libérer 19 personnes détenues pour des infractions mineures, d'après le rapport onusien du 14 avril 2026.

Le 28 mai, un comité de suivi de la chaîne pénale a réuni juges, procureurs, administration pénitentiaire, Office de la protection du citoyen, barreau et organisations non gouvernementales. Il s'est notamment penché sur le Centre de rééducation des mineurs en conflit avec la loi, qui accueillait plus de 760 détenus, mineurs et adultes, pour une capacité de 93 mineurs, selon l'ONU.

À Petit-Goâve, des avocats pour les plus pauvres

Beaucoup de détenus n'ont pas les moyens de payer un avocat. C'est le constat de Haiti ARISE, une organisation chrétienne fondée en 2003 par Marc et Lisa Honorat, dont le bureau haïtien est à Grand-Goâve. Elle gère depuis avril 2016 un Bureau d'assistance judiciaire (BAJ) qui représente gratuitement devant le juge des personnes accusées de délits mineurs. Le bureau se trouve à Petit-Goâve, selon une vidéo publiée fin octobre 2026 sur Instagram par Lisa Honorat.

Selon l'organisation, le bureau a enregistré 1 048 dossiers entre mai 2016 et novembre 2024 : 616 personnes ont été libérées, 293 condamnées, et 77 dossiers restaient en cours. Ce sont des chiffres qu'elle avance et que NAGO n'a pas pu vérifier de façon indépendante.

Dans sa publication, Lisa Honorat précise que le bureau ne prend pas les affaires de trafic de drogue, de viol, d'agression sexuelle ni de meurtre au premier degré, et que ses services sont financés par des donateurs. Sur son site, l'organisation raconte que son action en prison est née de l'histoire d'un homme, Jean Sylvio, détenu un mois à la prison de Petit-Goâve dans une cellule partagée avec environ 70 personnes.

Dans son rapport d'avril, le secrétaire général de l'ONU a salué l'engagement des autorités à relancer la lutte contre la détention préventive prolongée et à créer un groupe de travail dédié, en appelant à accélérer la réforme pénale.

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