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L'affaire Hemo-Caribbean : quand le sang des Haïtiens était vendu sous Duvalier

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PhotoNAGO News · photo RuthAS (CC BY 3.0), Wikimedia Commons — Curtiss C-46 HH-22 d’Air Haïti à l’aéroport de Miami, 1971 · NAGO News
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Par NAGO News

2 min de lecture

Au début des années 1970, sous la dictature des Duvalier, une entreprise de Port-au-Prince achetait le plasma sanguin d'Haïtiens pauvres pour le revendre à des laboratoires pharmaceutiques aux États-Unis. Elle s'appelait Hemo-Caribbean. L'affaire a fait scandale en 1972, jusqu'au Congrès américain.

Fondée par l'homme d'affaires de Miami Joseph B. Gorinstein, Hemo-Caribbean a fonctionné à Port-au-Prince en 1971 et 1972. Les donneurs, souvent très pauvres, recevaient environ 3 dollars. Le plasma était congelé puis expédié par avion vers les États-Unis, où des laboratoires en tiraient des produits comme l'albumine et la gammaglobuline.

Le rôle de Luckner Cambronne

Le ministre de l'Intérieur et de la Défense, Luckner Cambronne, l'homme fort du régime de Jean-Claude Duvalier, était réputé intéressé à l'entreprise. Sa compagnie aérienne, Air Haïti, transportait le plasma congelé vers les États-Unis, selon la presse de l'époque. L'affaire lui a valu le surnom de « vampire des Caraïbes ».

Selon la presse de 1972, le centre collectait environ 350 litres de plasma par jour et prévoyait d'en ajouter 500. Le plasma partait aussi vers des laboratoires européens, selon la revue Hektoen International.

L'enquête du New York Times

Le scandale éclate fin janvier 1972, quand The New York Times publie l'enquête du journaliste Richard Severo, « Impoverished Haitians Sell Plasma for Use in the U.S. » (des Haïtiens pauvres vendent leur plasma pour les États-Unis). Le Los Angeles Times s'empare aussi du sujet. Les articles soulèvent l'exploitation de la misère, l'état de santé des donneurs et l'absence de contrôle sur le commerce international du sang. Le Congrès américain s'en saisit à son tour. La Croix-Rouge internationale se penche à son tour sur le « commerce du sang humain » à Genève, en septembre 1972. Sous le poids de la mauvaise publicité, Hemo-Caribbean finit par fermer.

Des décennies plus tard, le médecin et chercheur canadien Jacques Pépin, dans son livre « The Origins of AIDS », a avancé l'hypothèse que ce type de centre de collecte, avec des conditions d'hygiène insuffisantes, aurait pu contribuer à la propagation du VIH en Haïti. Cette thèse reste discutée.

Un demi-siècle plus tard, l'affaire Hemo-Caribbean demeure l'un des exemples les plus crus de la manière dont la pauvreté, le pouvoir politique et les intérêts commerciaux étrangers se sont rejoints aux dépens des Haïtiens les plus vulnérables.

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