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Jocelerme Privert, le président que personne n’a élu, se présente

Il a dirigé Haïti pendant 359 jours sans qu’un seul électeur ait voté pour lui. Dix ans plus tard, Jocelerme Privert demande aux Haïtiens le poste qu’ils ne lui ont jamais donné : il s’est inscrit à la présidentielle sous la bannière d’Ayiti Transfòme, la structure politique numéro 91 du registre officiel, et figure parmi les seize candidats enregistrés sur le tableau de bord du Conseil électoral provisoire — des données que le CEP qualifie lui-même de « dynamiques et strictement préliminaires », la liste définitive ne devant paraître qu’après vérification des dossiers.

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Par NAGO News

4 min de lecture

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PhotoReuters / CARICOM Today

Son arrivée au Palais national, en février 2016, n’a rien eu d’ordinaire. Le mandat de Michel Martelly s’achevait sans successeur élu, et un accord multipartite confiait à l’Assemblée nationale le soin de désigner un président provisoire. Le 13 février, au premier tour, le sénateur des Nippes obtenait 58 voix — treize au Sénat, quarante-cinq à la Chambre — contre 56 à Edgard Leblanc Fils, sur 115 bulletins : insuffisant. Le lendemain, au second tour, il en réunissait 77 sur 114. C’est ainsi, par 77 parlementaires et non par un scrutin populaire, que l’ancien comptable de la Direction générale des impôts, passé par le secrétariat d’État aux Finances puis par le ministère de l’Intérieur sous Jean-Bertrand Aristide, est devenu chef de l’État.

Sa feuille de route tenait en une phrase : organiser le scrutin et remettre le pouvoir à un président élu dans un délai de 120 jours au plus, soit le 14 juin 2016. Le Parlement lui a pris les premières semaines. Sa déclaration de politique générale présentée par Fritz Jean a été rejetée par la Chambre des députés le 20 mars ; il a nommé par arrêté, deux jours plus tard, le professeur de droit administratif Enex Jean-Charles, dont le gouvernement n’a été installé que le 28 mars. Six semaines du délai avaient déjà fondu.

Repartir de zéro

C’est la décision suivante qui définit son passage au pouvoir. Pour trancher la contestation du premier tour de la présidentielle du 25 octobre 2015, remporté par Jovenel Moïse et dénoncé par plusieurs candidats, Jocelerme Privert a installé une Commission indépendante d’évaluation et de vérification électorale, cinq membres, un mois de travail.

Ses conclusions ont été brutales. La commission a examiné 3 235 procès-verbaux, soit un quart des 12 939 que comptait le scrutin, et n’en a jugé valides que 9 % des votes. Les irrégularités, écrivait-elle, étaient « systématiques (bien organisées) », avec « intention de tromper ». Elle recommandait de tout reprendre à zéro. En juin 2016, le CEP annulait les résultats de la présidentielle.

Mais ce rapport, qui a effacé une élection nationale, n’a pas convaincu tout le monde. Le chef de la mission d’observation de l’Union européenne y a relevé « de nombreuses faiblesses factuelles, juridiques, méthodologiques et conceptuelles ». Le Haiti Democracy Project a reproché à la commission d’alléguer une fraude massive sans fournir un seul exemple. La mission de l’Organisation des États américains, elle, s’est bornée à observer les travaux sans les valider. Annuler une présidentielle sur un échantillon d’un quart des procès-verbaux, contesté par les observateurs internationaux, reste l’acte le plus lourd de son mandat — et celui sur lequel les électeurs auront, cette fois, à se prononcer directement.

Cent vingt jours

Le 14 juin 2016, le délai a expiré. Il n’y avait pas de président élu et le Parlement ne s’accordait pas sur la suite. Jocelerme Privert est resté. Interrogé par Reuters, il a annoncé qu’il demeurerait en fonction jusqu’à l’année suivante, le temps de transmettre le pouvoir à un élu.

Son parcours judiciaire, lui, est antérieur. Il est resté vingt-six mois en détention avant d’être libéré, sans avoir été jugé pour ces faits. Il ne figure pas sur la liste des sanctions du Conseil de sécurité des Nations unies relative à Haïti, vérification faite le 17 octobre 2026 sur le registre du comité créé par la résolution 2653, qui compte neuf personnes et deux entités.

Reste ce que nous n’avons pas pu établir. Ni Jocelerme Privert ni Ayiti Transfòme n’ont publié de programme pour cette élection, et l’ancien président provisoire ne s’est pas exprimé sur les critiques adressées au rapport qui a fait annuler le scrutin de 2015. Le CEP, de son côté, ne publie sur chaque candidat que le nom, le sexe, le poste, la structure et la localité : ni date de naissance, ni photographie, ni projet. Tout le reste, il faut aller le chercher ailleurs.

Article corrigé le 17 octobre 2026.

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