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BélO refuse qu'on le félicite d'avoir eu raison

Par NAGO News
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« Ti Jean » est l'aîné de huit enfants ; le morceau accuse la société qui l'a laissé tomber et demande qu'on l'envoie à l'école plutôt qu'au combat.
Quinze ans plus tard, on lui dit qu'il avait vu loin. Il écarte le compliment. Dans un entretien d'une heure accordé à Maxcy Céant pour l'émission Max Reports, lors d'un passage à New York, le chanteur répond deux choses. D'abord qu'il n'est pas un prophète, et qu'il n'a pas choisi d'écrire cette chanson : elle est venue à lui. Ensuite qu'il n'est pas disposé à en tirer la moindre fierté, parce qu'il souhaitait sincèrement que sa musique serve à éviter la situation où le pays se trouve aujourd'hui.
Ce qui le blesse, dit-il, n'est pas qu'on redécouvre ses chansons, mais qu'elles restent d'actualité. En tant qu'artiste, il peut se réjouir d'avoir prêté sa voix à cela. En tant que citoyen haïtien, il constate que rien n'a bougé.
Il pousse l'analyse au-delà de la chanson. Un homme qui possède quelque chose se tient tranquille : un diplôme, une famille, une maison où il a grandi, un nom qu'il ne veut pas salir, une petite voiture qu'il ne veut pas perdre. C'est une liste de choses à perdre, et elle suffit souvent à retenir un bras. Le danger, poursuit-il, tient à l'existence d'une majorité de jeunes qui n'ont rien sur cette liste. Si quelqu'un n'a rien à perdre, il n'y a rien qu'il ne fera pas. Ceux qui tiennent une arme aujourd'hui auraient peut-être eu autre chose à tenir si on les avait mis à l'école et si on leur avait donné un minimum.
BélO refuse d'ailleurs le rôle de commentateur. Chaque fois qu'un événement survient, explique-t-il, on attend de lui une chanson ; il n'en fait pas. Cela, dit-il, c'est le travail du journaliste. Le sien consistait à savoir avant, et à sortir le morceau pour empêcher la chose d'arriver. Une fois qu'elle est arrivée, il n'a plus de nouvelle à donner.
La même retenue gouverne le reste de l'entretien. On lui a demandé si la popularité d'un artiste suffisait à le porter vers une fonction élective, jusqu'à la présidence. Qu'un artiste fasse de la politique n'a rien de mauvais en soi, répond-il ; mais la popularité relève d'un ordre et la fonction politique d'un autre. Un artiste est un citoyen, et tout citoyen est éligible. La question n'est donc pas celle du droit de se présenter, mais celle de l'exercice du pouvoir. Alors il la décompose : la formation, la vocation, la volonté, l'amour de la tâche, les moyens.
Il connaît l'argument adverse et le rapporte lui-même — l'artiste chante, il prêche, il a une audience, donc un message capable de porter le changement — et lui oppose une phrase : avoir un public ne dit rien de la capacité à faire le travail. Puis il retourne les questions contre lui-même, ce qui est plus rare. Il décrit vingt-quatre heures d'affilée en studio, ou trois heures passées à chercher une seule ligne de guitare, parce qu'il aime cela, et demande s'il serait prêt à donner ce temps-là au Parlement, pour voter des lois qui font fonctionner les choses. Sa conclusion vise une pratique que les Haïtiens connaissent : le critère n'est pas de distribuer des maillots ni d'écarter des gens, mais de pouvoir faire le travail, de vouloir le faire, et d'aimer assez le pays pour le faire bien.
Il applique le même refus du classement à ses confrères. Ceux que le public désigne comme ses concurrents sont, dit-il, ses meilleurs collaborateurs, et il revendique vingt et une années de carrière sans un ennemi. La raison qu'il en donne ne relève pas de la diplomatie. Il se décrit comme un récepteur ; le conflit et l'hypocrisie brouillent le signal, et il entretient sa réceptivité pour cette raison. C'est aussi ainsi qu'il écrit, ou plutôt qu'il n'écrit pas : il chante de tête, n'a jamais cherché à composer en vers, et dit devoir ses chansons à l'inspiration, sujets compris.
Un autre extrait le montre hors scène. En voiture, dit-il, il n'est pas un artiste mais un père, celui qui sort la poubelle et change une couche. Il explique n'avoir jamais exposé ses enfants à sa notoriété. Le chanteur vit en Belgique depuis 2024 environ, un départ qu'il avait alors expliqué par leur scolarité.
L'entretien doit son audience à une chanson plus ancienne encore. Début octobre, le rappeur Wendyyy a cité BélO dans « Pi », paru le 4 octobre, et renvoyé une génération entière vers « Jasmine », un titre de « Lakou Trankil », son premier album, sorti en 2005. BélO l'a remercié publiquement, en signalant un afflux d'abonnés sur sa chaîne YouTube ; Juno7, Bèlide Magazine et AyitiBoost ont rapporté sa publication. Le dernier morceau de « Dizan » est précisément « Jasmine », chantée avec BIC et Moony Rich.
L'homme qui refuse qu'on le classe contre quiconque a donc passé vingt et un ans à confier ses chansons à d'autres voix. Il aurait préféré qu'elles vieillissent.
Article corrigé le 27 octobre 2026.
Reporting by Max Reports, « BélO reyaji apre Wendyyy fin fè l yon gwo Big Up nan Pi » (octobre 2026)
Juno7, « Jasmine de BélO renaît plus de vingt ans après grâce à Pi de Wendyyy » (6 octobre 2026)
Bèlide Magazine, « BélO reconnaissant envers Wendyyy » (5 octobre 2026)
AyitiBoost, « Jasmine de BélO reprend vie grâce à Pi de Wendyyy »
BélO, photos de presse (beloayiti.com)










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