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#ÉDITORIAL · Le direct · Haiti

Hier la Colombie demandait pardon à Haïti. Aujourd'hui, son président parle de « héros ».

Dans la nuit du 6 au 7 juillet 2021, des coups de feu éclatent autour de la résidence du président Jovenel Moïse, à Port-au-Prince. Sa fille Jomarlie se cache dans une salle de bains avec son frère. Ils tiennent leur chienne et lui ferment la gueule pour qu'elle n'aboie pas. Le président appelle à l'aide des hommes de confiance. Blessée, Martine Moïse attend. « Chaque minute, j'attendais que quelqu'un arrive », a-t-elle dit la semaine dernière devant un tribunal de Miami. Personne n'est venu. Le président est mort. Elle a survécu à ses blessures.

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Par La rédaction de NAGO

4 min de lecture

Cinq ans plus tard, le président de la Colombie, Abelardo de la Espriella, a choisi un mot pour parler des 17 anciens militaires colombiens accusés dans cet assassinat : « héros ». « Je ne suis pas le genre de président qui abandonne ses héros quand ils traversent des difficultés », a-t-il déclaré. Dans un message publié ce mardi sur son compte X, que nous reproduisons ci-dessous, il a demandé à ses ministres de la Défense et de la Justice d'assurer leur défense, et annoncé un soutien économique à leurs familles.

Son prédécesseur, Gustavo Petro, avait demandé pardon à Haïti pour ce crime « commis par des mercenaires colombiens ». En une phrase, la Colombie passe du pardon à l'éloge. Notre position est claire : un pays a le droit de défendre ses ressortissants, mais pas de transformer en héros des hommes accusés d'avoir tué le président d'un autre pays. En le faisant, le président colombien prend parti dans une affaire qui appartient d'abord à Haïti.

Ce que l'on sait du complot

Les faits établis jusqu'ici ne laissent pas de place à l'héroïsme. En mai, un jury fédéral de Miami a condamné quatre hommes pour avoir comploté l'enlèvement ou l'assassinat de Jovenel Moïse, selon le Miami Herald. Parmi eux, les deux copropriétaires de CTU, une société de sécurité de Floride, Arcángel Pretel Ortiz et Antonio Intriago. D'après l'accusation, ils ont recruté une vingtaine d'anciens soldats colombiens et les ont envoyés à Port-au-Prince environ un mois avant le crime. Le projet d'enlèvement est devenu un projet d'assassinat. Six autres complices avaient déjà plaidé coupable.

En Haïti, la justice n'a jamais tenu de procès. Les juges d'instruction se sont succédé, des magistrats ont été menacés, l'enquête a été rouverte en 2025. Le 21 septembre dernier, un avion militaire américain a emmené 18 suspects vers Miami, dont les 17 Colombiens et l'ancien fonctionnaire Joseph Félix Badio. Le procès du pasteur Christian Emmanuel Sanon, qui selon l'accusation espérait prendre la place du président, se poursuit en ce moment même en Floride.

Pourquoi ce mot est une faute

D'abord, il juge avant les juges. Ces 17 hommes n'ont pas encore été jugés, et ils restent présumés innocents. Mais la présomption d'innocence interdit aussi d'acquitter d'avance. Quand un chef d'État parle de héros, il s'adresse aussi aux jurés et aux témoins.

Ensuite, il efface les victimes. Une famille a été attaquée dans sa maison. Un pays a perdu son président élu, et vit depuis cinq ans sans réponse. Ce deuil n'est pas un sujet de fierté nationale pour Bogotá.

Enfin, il contredit la parole de la Colombie elle-même. Un État ne change pas de mémoire à chaque élection. Le pardon d'hier engageait le pays. L'éloge d'aujourd'hui aussi.

Ce que la Colombie a le droit de faire

Soyons justes. Offrir un avocat à ses citoyens poursuivis à l'étranger est normal. Le président De la Espriella dit vouloir que « la responsabilité individuelle de chacun » soit établie. Sur ce point, nous sommes d'accord avec lui. On peut défendre un homme sans le glorifier.

Ce qu'Haïti doit faire

Le procès se tient en Floride, mais il reste le nôtre. Le gouvernement haïtien doit dire publiquement à Bogotá que ce mot est inacceptable. Il doit suivre ce procès de près, pour que la voix des victimes y soit entendue. Et nous, Haïtiens d'ici et de la diaspora, devons refuser que ce dossier soit oublié parce qu'il a quitté le pays.

Cette nuit-là, une jeune femme tenait la gueule de sa chienne pour survivre, et sa mère attendait des secours qui ne sont jamais venus. Il n'y avait pas de héros.

Abelardo De La Espriella@ABDELAESPRIELLA
X

Les he dado la instrucción a los señores ministros de Defensa y de Justicia de brindar asistencia jurídica a los militares detenidos en Estados Unidos por su presunta participación en el asesinato del presidente de Haití, así como apoyo económico a sus familias. No pueden pagar justos por pecadores. Quiero saber exactamente qué ocurrió y que se esclarezca la responsabilidad individual de cada uno. […] 6 octobre 2026

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