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#ÉDITORIAL · Le direct · Sud

Monsieur Robas, montrez vos comptes avant de demander nos voix

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Par La rédaction de NAGO

7 min de lecture

« M te toujou pami 10 meyè depite nan peyi a. » Ainsi parle Clauvy Robas, avocat, ancien député des Cayes et de l'Île-à-Vache, dans une vidéo diffusée le 23 septembre et vue des dizaines de milliers de fois. Il y répond aux rumeurs qui le disent enrichi par son mandat. Il n'est pas riche, assure-t-il. Même la petite maison où il mène campagne serait louée, dit-il.

Prenons-le au mot. Un homme qui se range parmi les dix meilleurs parlementaires du pays doit pouvoir le montrer, pièces à l'appui. Il brigue aujourd'hui un siège de sénateur du Sud. La fonction est plus haute, l'exigence doit l'être aussi.

Commençons par les bannières. M. Robas est élu en 2015 sous les couleurs de l'OPL. En août 2017, le site Rezo Nòdwès le décrit déjà comme un parlementaire de l'OPL « reconverti Tèt Kalé ». En octobre 2020, il devient vice-président aux affaires politiques de Lòd demokratik, un parti qui dénonce alors la « dérive autoritaire » du pouvoir qu'il avait accompagné. En août dernier, il annonce sa candidature au Sénat avec Ansanm Nou Fò. Le registre du Conseil électoral provisoire le classe aujourd'hui sous DEBLOKE. C'est sous cette même bannière que Michel Martelly s'est inscrit pour la présidentielle. L'ancien chef de l'État est sanctionné par le Trésor américain depuis août 2024, qui l'accuse d'avoir blanchi de l'argent de la drogue et parrainé des gangs. « Politisyen, yon fwa politisyen toujou », dit M. Robas. Nous en prenons note. Mais politicien de quel camp, cette fois ?

Vient ensuite le bilan. M. Robas a présidé la commission Justice et Sécurité publique de la Chambre des députés. En février 2017, Le Nouvelliste le cite après la mort de vingt détenus au Pénitencier national : il annonce une enquête sur les causes de ces décès et promet d'empêcher les funérailles sans autopsie. Où sont les conclusions de cette enquête ? Quelle loi porte la signature du député des Cayes ? Nous avons cherché. Nous n'avons rien trouvé. Le « meilleur député » du Sud n'a pas laissé de trace à la hauteur du titre qu'il se donne.

Reste l'argent, et ici les faits sont plus lourds. Le 15 novembre 2023, l'Unité de lutte contre la corruption (ULCC) a transmis à la justice un rapport sur les engins lourds du Centre national des équipements (CNE). Elle y recommande de mettre l'action publique en mouvement contre plusieurs anciens parlementaires, dont « l'ex-député Clovis Obas », selon la liste publiée par Gazette Haïti ; Le Nouvelliste écrit « Clovis Robas ». Selon la liste publiée, il détenait deux camions Inter, un compacteur et un camion Mack appartenant à l'État. Il s'agit bien de lui : HaitiLibre le présente comme l'ancien député des Cayes et de l'Île-à-Vache, et Le Nouvelliste le désignait déjà, en décembre 2018, comme « Clovis Obas, député de la commune des Cayes et Îles-à-Vache ». Sa réponse, à l'époque : menacer de citer l'ULCC devant le tribunal correctionnel si elle ne retirait pas ses accusations sous huit jours. En janvier 2024, le juge d'instruction Al Duniel Dimanche a inscrit « Clovis Obas (Robas) » parmi trente-sept personnalités visées par des mandats d'amener, nationaux et via Interpol, aux côtés de Michel Martelly, Jocelerme Privert et Laurent Lamothe. Dans ses vidéos de septembre, celles que nous avons examinées, l'ancien député ne dit pas un mot de ces camions.

Dans une autre vidéo, diffusée le 22 septembre, M. Robas affirme n'avoir jamais touché les fonds destinés aux communes. Selon lui, le ministère de l'Économie et des Finances versait l'argent directement aux mairies et aux CASEC. Il lit à l'antenne un long texte sur la loi de finances 2017-2018 et invite chacun à vérifier sur Google. Ses propres chiffres ne concordent pas : un million de gourdes par CASEC au début de la vidéo, deux millions quelques minutes plus tard. Il désigne au passage d'autres élus de la région. Accuser les autres ne prouve pas sa propre probité. Celle-ci se démontre par des documents. La loi de 2008 oblige les parlementaires à déclarer leur patrimoine à l'entrée et à la sortie de leur mandat. Où sont ces déclarations ?

Il y a aussi la question de la famille. Le 30 août 2017, Franceline Cadet Robas, alors l'épouse du député, est installée à la tête de la Bibliothèque nationale d'Haïti par le ministre de la Culture, Limond Toussaint. Elle y restera jusqu'en avril 2020. Son mari siège alors dans le camp du pouvoir. Le Nouvelliste l'a écrit dès 2018 : « D'un coup de baguette, Franceline Cadet Robas, l'épouse du député des Cayes/Ile-à-Vache, Clauvy Robas, se trouve à la tête du plus grand patrimoine écrit du pays. » Selon ce même article, elle avait dirigé une agence immobilière et de voyage aux Cayes, puis occupé un emploi au Parlement, juste avant sa nomination par arrêté présidentiel du 14 août 2017. Elle reconnaissait elle-même n'avoir « aucune expérience ni de connaissance en la matière ». Rien n'interdit à l'épouse d'un parlementaire de diriger une institution publique. Mais lorsqu'un député chargé de contrôler l'exécutif voit son épouse nommée par ce même exécutif, les électeurs ont le droit de savoir comment cette nomination a été décidée. Le couple a depuis divorcé : le tribunal civil de Port-au-Prince a prononcé le divorce le 18 décembre 2025, à la demande de M. Robas, selon un avis judiciaire publié dans Le Nouvelliste le 23 février 2026.

Les rumeurs, elles, ne datent pas d'hier. En novembre 2016, après l'ouragan Matthew, le site Rezo Nòdwès racontait que le député s'était rendu à la Sonapi, où était entreposée l'aide aux sinistrés, pour en réclamer sa part. Sous ses vidéos de septembre, des internautes l'accusent d'en être reparti avec des tôles et des planches destinées aux victimes. D'autres évoquent une grande maison bâtie en peu de temps. Aux Cayes, on parle aussi de nombreux terrains qui lui appartiendraient, à Bourjolly, dans la section communale de Mercy, et à Laval. Nous n'avons trouvé ni enquête ni document qui confirme ces récits, et nous ne les présentons pas comme des faits. Mais M. Robas, si prompt à répondre aux rumeurs sur sa fortune, n'a rien dit de la Sonapi ni de ces terrains dans les vidéos que nous avons examinées. Le silence, ici, ne le sert pas.

On peut plaider l'excuse de la calomnie. Les réseaux sociaux regorgent d'accusations sans preuve, et aucun élu n'y échappe. C'est vrai. Mais la meilleure réponse à une rumeur n'est pas une vidéo indignée. C'est un dossier public, que chacun peut vérifier.

Soyons justes. Une recommandation de l'ULCC n'est pas une condamnation, et un mandat d'amener n'est pas un verdict. L'ordonnance du juge Dimanche a été contestée par des organisations de lutte contre la corruption pour vice de procédure, et le mandat du juge a pris fin le 29 janvier 2024. Nous n'avons trouvé aucun jugement contre Clauvy Robas. Il reste présumé innocent. Les récits sur la Sonapi, la maison et les terrains restent, à ce jour, des rumeurs. M. Robas anime une émission d'éducation civique sur Radio VPS. Il a choisi de répondre publiquement à ses détracteurs, ce que beaucoup refusent de faire.

Mais un candidat au Sénat doit plus qu'une réponse. M. Robas doit dire où se trouvent les camions et le compacteur du CNE, et s'ils ont été rendus à l'État. Il doit dire s'il s'est présenté devant la justice. Il doit répondre sur la Sonapi et expliquer la nomination de son épouse d'alors. Il doit publier ses déclarations de patrimoine de 2016 et de 2020. Il doit présenter les travaux de sa commission. Il doit dire clairement s'il soutient la candidature de Michel Martelly. Les électeurs du Sud, aux Cayes, à l'Île-à-Vache comme dans la diaspora, doivent exiger ces réponses avant le scrutin.

Monsieur Robas dit avoir été l'un des dix meilleurs députés du pays. Qu'il le prouve avec ses comptes, et non avec ses vidéos.

Droit de réponse : NAGO publiera, sans délai et dans les mêmes conditions, toute réponse de M. Robas ou de toute personne citée dans cet éditorial, documents à l'appui, adressée via nago.tv/contact. Nous corrigerons tout fait qui serait démontré inexact.

Article corrigé le 28 octobre 2026.

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