#ACTUALITÉ · Le direct · Caraïbes
Jamaïque : la police de St Ann associe des Haïtiens détenus au choléra, à la dengue et au paludisme
Le commandant de la police de St Ann, en Jamaïque, a présenté seize Haïtiens détenus dans sa paroisse comme un danger sanitaire. « Je veux aussi avertir ceux qui hébergent ces Haïtiens illégaux qu'ils risquent de contracter des maladies comme le choléra, la dengue et le paludisme », a déclaré le surintendant principal Carlos Russell. La radio IRIE FM a rapporté la même mise en garde.
GAjoutez NAGO.TV à vos sources sur Google
Par NAGO News
4 min de lecture

Le groupe, douze adultes et quatre enfants, a été trouvé le mardi 20 octobre à Mammee Bay, sur la côte nord de l'île, lors d'une opération des forces de sécurité menée entre 3 h et 11 h. Ces personnes sont soupçonnées de résider illégalement dans le pays. Selon Carlos Russell, certaines sont des visiteurs restés au-delà de la durée de leur visa. Une équipe médicale et des agents de l'Autorité des passeports, de l'immigration et de la citoyenneté (PICA) s'occupent de leur dossier. La police annonce d'autres opérations pour retrouver des Haïtiens qu'elle croit cachés dans la paroisse.
Ce sont des mots lourds, et rien de public ne les appuie. Aucun résultat médical sur ces seize personnes n'a été communiqué. La dengue et le paludisme se transmettent par les moustiques, pas en hébergeant quelqu'un. La dengue, d'ailleurs, n'a pas besoin d'Haïti pour circuler en Jamaïque : le ministère jamaïcain de la Santé y a déclaré une épidémie le 23 septembre 2023, et le pays comptait début novembre plus de 3 000 cas suspects, présumés ou confirmés. Le choléra circule bien en Haïti, selon les CDC américains, et le paludisme n'est endémique, dans la Caraïbe, que sur l'île d'Hispaniola. Mais coller une maladie à une nationalité, sans diagnostic, désigne des familles entières, enfants compris, comme une menace.
La Jamaïque n'est pas étrangère à la crise des gangs qui pousse tant d'Haïtiens à partir. Ses soldats et ses policiers sont en Haïti depuis le 12 septembre 2024, d'abord dans la mission dirigée par le Kenya, puis dans la Force de répression des gangs (GSF) créée par l'ONU en octobre 2025. Un officier des Forces de défense jamaïcaines, le brigadier E. C. Clarke, en est le commandant adjoint. Kingston combat les gangs en Haïti pendant que sa police présente des Haïtiens comme des porteurs de maladies.
Les deux pays sont aussi liés par un trafic ancien. Selon InSight Crime, des bateaux jamaïcains transportent de la marijuana vers Haïti et reviennent chargés d'armes. En 2020, Anthony Clayton, spécialiste de la sécurité à l'Université des Antilles, estimait que 150 à 200 armes passaient chaque mois d'Haïti à la Jamaïque, et qu'une vingtaine d'organisations criminelles se partageaient ce commerce.
Les détenus, eux, demandent peu. Selon un interprète de la communauté haïtienne cité par la chaîne TVJ, ils ne refusent pas de rentrer en Haïti, mais veulent pouvoir acheter eux-mêmes un billet d'avion plutôt qu'être rapatriés par bateau.
C'est le troisième groupe d'Haïtiens arrivé en Jamaïque ces dernières semaines. Un peu plus d'une semaine plus tôt, 23 personnes avaient été détenues à St Thomas. En septembre, 11 autres l'avaient été à Portland. Le 29 septembre, sept Haïtiens, dont un enfant de 13 ans, avaient été arrêtés lors d'un contrôle routier à Ocho Rios, puis rapatriés au début d'octobre.
La Jamaïque aide à combattre les gangs en Haïti. Elle peut aussi traiter ceux qui en fuient le pays comme des voisins, et non comme une maladie.
Reporting by TVJ (Threads)
Nationwide 90FM, 21 octobre 2026
The Gleaner, « Dengue alert » (24 septembre 2023)
The Gleaner, dengue : cas en hausse (10 novembre 2023)
CDC, Haïti : informations santé pour les voyageurs
Gang Suppression Force (Wikipedia)
InSight Crime, trafic armes-drogue Jamaïque–Haïti (2020)
Par NAGO News

Commentaires 0