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Alfredo Junior Antoine, que l’ONU désigne comme commanditaire de l’attaque de Kenscoff, se représente

Le registre des candidatures du Conseil électoral provisoire, relu en direct le 17 octobre 2026 à 17 h 02, porte une ligne de sept champs : ANTOINE, ALFREDO JUNIOR, homme, député, titulaire, Ansanm Nou Fò, Ouest — Kenscoff. Dix jours plus tôt, le Groupe d’experts des Nations unies sur Haïti remettait au Conseil de sécurité un rapport qui désigne un ancien député de Kenscoff portant ce nom comme « l’un des principaux commanditaires » de l’attaque du 27 janvier 2025 contre cette commune, qui a fait plus de cent morts.

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Par NAGO News

5 min de lecture

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PhotoRezo Nòdwès

Le registre du CEP ne publie ni date de naissance ni photographie : sept champs, et rien d’autre. Six hommes nommés Antoine briguent un siège de député. L’identification repose donc sur la concordance du nom complet, du poste et de la commune — celle-là même qu’il a représentée. Le tableau de bord prévient par ailleurs que ses données « sont dynamiques et strictement préliminaires » et que « la liste officielle et définitive des candidats sera publiée par le CEP uniquement après le processus de vérification et de validation des dossiers ». Les inscriptions restent ouvertes jusqu’au 31 octobre. À l’heure de la vérification, le registre comptait 4 644 candidatures, dont 1 054 à la députation ; cinq hommes briguent le siège de Kenscoff.

Le rapport S/2026/714 consacre quatre paragraphes à Alfredo Junior Antoine. Il le tient pour responsable d’enlèvements et de détentions illégales servant à intimider des adversaires politiques ou à s’emparer de biens. Il affirme qu’il a planifié des attaques avec des gangs dans plusieurs quartiers de Kenscoff, qu’il communiquait fréquemment avec des membres de Viv Ansanm — dont Dady Paul, alias « Didy » — ainsi qu’avec Magalie Habitant, et qu’il entretenait des liens étroits avec Vitelhomme Innocent, lui-même sous sanctions. Il le désigne comme l’un des fournisseurs d’armes, de munitions et de ressources financières de Viv Ansanm, par l’intermédiaire d’un tiers, et indique que plusieurs armes illicites ont été trouvées à son domicile.

Les notes du rapport renvoient à des entretiens avec plusieurs victimes, à des sources confidentielles et à un rapport d’enquête confidentiel de mai 2025. Elles recoupent des faits publics. La Direction centrale de la police judiciaire avait émis un avis de recherche contre lui : l’annexe 14 du rapport en reproduit la notice, diffusée sur la page Facebook de la police en février 2025. Il a été arrêté le vendredi 4 avril 2025 dans l’après-midi, à Morne Calvaire, au terme d’une filature — Le Nouvelliste et Rezo Nòdwès l’ont rapporté le jour même. Les chefs retenus étaient complot contre la sûreté de l’État, financement d’organisations criminelles, complicité d’assassinat et association de malfaiteurs. Il a été libéré le 9 mai 2025.

« Une protestation formelle et solennelle »

Alfredo Junior Antoine conteste tout. Le Groupe d’experts indique l’avoir contacté par courriel, avoir reçu de lui un démenti de ses liens avec les gangs, avoir transmis sa réponse au comité des sanctions — et maintenir ses conclusions.

Le 8 octobre 2026, au lendemain de la publication, ses avocats — Mes Sonet Saint-Louis, Guérilus Fanfan et Sergot Oreste, du barreau de Port-au-Prince — ont adressé au Secrétaire général des Nations unies, par l’intermédiaire de son représentant spécial en Haïti, ce qu’ils qualifient d’une « protestation formelle et solennelle ». Leur client, écrivent-ils, « rejette catégoriquement et sans la moindre équivoque ces imputations » et récuse « toute affirmation tendant à lui imputer un quelconque lien, soutien, financement » à l’égard d’un gang ou d’une organisation criminelle armée ; il condamne les violences en Haïti, « particulièrement à Kenscoff ». Les avocats réclament le retrait des passages concernés faute d’éléments probants, un examen « objectif et contradictoire », la rectification d’erreurs factuelles et, à défaut de retrait, la publication d’une mise au point.

Sa ligne publique est constante. En février 2026, il pressait le Premier ministre Alix Didier Fils-Aimé d’ériger la sécurité de Kenscoff en priorité nationale et de doter la commune d’un plan durable. Au moment de son arrestation, Le Nouvelliste rappelait qu’il avait « toujours nié » être en contact avec des criminels.

Ce que le décret électoral exige

L’article 95 du décret électoral du 2 juin 2026 fixe, outre les conditions prévues par la Constitution, treize conditions pour être candidat à la députation. Trois touchent directement ce dossier. Le candidat ne doit pas être l’objet d’un mandat d’arrêt ou d’avis de recherche émis par une autorité judiciaire ou policière, au niveau national ou international.
La treizième condition, elle, ne lui est pas opposable : vérification faite le 17 octobre 2026 sur le registre du comité créé par la résolution 2653, Alfredo Junior Antoine ne fait l’objet d’aucune sanction du Conseil de sécurité. Être nommé dans le rapport d’un groupe d’experts et être sanctionné sont deux choses distinctes, et la confusion entre les deux est précisément ce qu’il reproche au rapport.

Une autre pièce est un certificat négatif de police délivré par la DCPJ — l’institution même qui avait lancé l’avis de recherche contre lui.

Comment un dossier portant ces pièces a été enregistré, ou s’il l’a été sous réserve, le CEP ne le dit pas, et rien n’oblige encore à le dire : la vérification des dossiers n’a pas commencé, et c’est elle qui tranchera. Dans un passage consacré à l’Artibonite et à d’autres personnalités, le rapport rapporte que ses sources ont mis en garde : à l’approche des élections, des personnes liées aux gangs pourraient exploiter ces liens pour mobiliser des soutiens, intimider des rivaux et déstabiliser le pays.

Reste ce que nous n’avons pas pu établir. Nous n’avons pas obtenu copie du dossier déposé au CEP ni la liste des pièces qu’il contient. Nous n’avons pas pu déterminer où en est la procédure ouverte après l’arrestation d’avril 2025, ni si un juge d’instruction en est saisi. Le CEP ne s’est pas prononcé publiquement sur l’éligibilité des personnes nommées dans le rapport du Groupe d’experts. Et ni le candidat ni Ansanm Nou Fò n’ont publié de programme pour cette élection.

Article corrigé le 17 octobre 2026.

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